Laurent Galandon et Michaël Crouzat nous offrent une belle histoire de deuil et de respect de la nature, qu’il serait dommage de limiter à un public enfantin. Un ouvrage porté par des personnages touchants et des illustrations empreintes de poésie.
Depuis la mort violente de leurs parents, lors du tsunami qui a détruit, deux ans plus tôt, la centrale nucléaire de Fukushima, des orphelins ont été recueillis avec leur grand-mère. Ils ont été contraints de quitter Tomioka, leur village d’origine, dangereusement contaminé. Akiko joue au lycée à l’influenceuse, tandis que Osamu, son jeune frère, s’enferme dans le silence. Il fuit les êtres humains mais discute avec des yōkai, ces petites divinités japonaises malicieuses, qu’il semble être le seul à voir. À la mort de leur grand-mère, les enfants sont recueillis par une cousine qui leur annonce qu’ils vont vivre à Tokyo. Osamu refuse sèchement et fugue.
Il est suivi, à contre-cœur, par sa sœur. Ensemble, ils s’engagent dans la zone irradiée. Bien décidé à respecter les traditions ancestrales, Osamu entend déposer les cendres de sa grand-mère sur l’hôtel familial de leur petite ferme familiale. Poursuivi par la police, les enfants se cachent et rusent.
Bon connaisseur de la culture nippone, Laurent Galandon livre une histoire qui mêle actualité dramatique, travail de deuil et respect des traditions, tout en y insérant une légère touche de fantastique. À l’image des créations de Hayao Miyazaki — si la référence s’impose, ici, elle est juste — ses yōkai savent se rendre crédibles et discrets. Galandon n’hésite pas à introduire et faire parler une divinité dangereuse, plus moderne qui, elle aussi, possède sa cohérence.
Michaël Crouzat propose à la fois un reportage sur les conséquences d’une catastrophe nucléaire et une belle aventure, qui bien que vécue par des enfants, n’en est point enfantine. Formé à l’animation, son premier album est déjà très abouti. Ses cadrages et ses personnages sont réussis. Ses colorations douces varient avec la lumière, mais aussi avec l’intensité des actions. Les visages sont simples, comme esquissés, mais expressifs. Ses séquences nocturnes sont particulièrement touchantes.
Le voyage est beau, les yōkai sont mes amis et ma vision de la radioactivité en restera durablement marquée.
Stéphane de Boysson