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lundi 18 novembre 2013

L'échange des princesses

Chantal Thomas, L'Echange des princesses
Le Seuil, Fiction et Cie
2013 (348 p.)
Un bon historien fait-il un grand romancier historique ?

L'échange des princesses était un peu le outsider de la sélection de décembre du prix Elle, face à Esprit d'hiver et Lady Hunt...Bien qu'il ait été vendu par les médias et présenté comme le livre préféré d'Amélie Nothomb, le roman historique n'a pas su gagner les faveurs des lectrices (qui lui ont préféré un huis-clos sinistre). Bref...

Moi, je suis cliente des romans historiques, surtout ceux sur l'Ancien Régime. En plus la couverture est belle, le sujet plein de promesses (il ne manque que Sofia Coppola au Festival de Cannes et on est bon). 

Chantal Thomas a suivi une démarche réjouissante pour les amateurs d’histoire et de littérature: romancer un épisode mal connu de l'histoire franco-espagnole. Son roman raconte l'échange entre Mlle de Montpensier (fille du Régent de France, âgée de 12 ans) et l'infante d'Espagne (fille du roi d'Espagne qui n'a que 4 ans) qui vont respectivement  épouser le prince d'Espagne (sur le point de devenir roi) et le roi de France (encore mineur). Bien sûr, le propos de Chantal Thomas est de relever l’absurdité et la cruauté de la situation (échanger une fillette contre une adolescente pour la paix franco-espagnole). 

Tout se passe au lendemain de la Guerre de Succession d'Espagne (la guerre de trop du règne de Louis XIV) au sujet de laquelle Chantal Thomas fait dire une phrase magnifique au roi d'Espagne qui espère grâce à cet échange « expier le crime des treize années de guerre de succession, crime dont il est lui, Philippe V, né duc d’Anjou, responsable devant le Seigneur «  (p.68). Quand un romancier met à ce point l’Histoire en poésie, je suis en transes. Je suis moins d'accord concernant la description du cardinal Dubois mais... je me souviens subitement que je suis sur un blog...donc je me ressaisis et j'arrête de m'attarder sur des détails qui n'intéressent que moi.  

Il m'a plu ce roman...mais j'aurais aimé qu'il m'enthousiasme davantage. 

D'abord, comme nombre d’historiens Chantal Thomas a une plume dense, précise et peu aérée. J’ai surtout été gênée par ce réflexe d'historiens de citer leurs sources sans moderniser le langage, comme on le fait dans les mémoires et thèse, comme pour attester d’une vérité, alors que ce n’est pas nécessairement ce que l’on recherche dans un roman, tout historique qu’il soit. Le roman historique doit se mettre à la portée du lecteur néophyte selon moi, et des citations d'époque le maintiennent à distance.

Ensuite, je trouve que toute la partie sur Mlle de Montpensier est extrêmement réussie, le calvaire de son voyage atroce est remarquablement retranscrit. Sa découverte horrifiée de la cour espagnole est particulièrement poignante (avec une mention spéciale pour le Grand Inquisiteur), sa sexualité précoce et débridée ne manque pas de panache non plus (c'est le moins que l'on puisse dire). Bon était-ce vraiment nécessaire d'écrire que Mlle de Montpensier « rote à la gueule » de son futur époux (p.92)? Pas sûr si ce n'est pour marquer la dysmétrie avec la délicieuse infante d’Espagne. Pour être honnête, j’ai trouvé Luis et Elisabeth plus intéressants que Louis XV et l'infante. Et pourtant, le couple espagnol semble tenir le second rôle du roman. 

Et c'est là que se situe mon gros problème. L’infante d’Espagne a 4 ans, et on a l’impression qu’elle en a au moins 7 ou 8. Vu que j'ai une enfant de 4 ans à la maison, deux solutions s'offraient à mon cœur meurtri de mère:
a) Ma fille est complètement retardée.
b) Les futures reines faisaient au XVIIIe siècle leurs apprentissages à la vitesse de l'éclair et comprenaient tout, vite et bien.

Vous l'aurez compris, j'ai trouvé que l'infante manquait de crédibilité.

Malgré tout, le roman est sauvé parce que la seconde moitié  prend une réelle intensité dramatique. Chantal Thomas donne aux deux princesses  une belle ampleur romanesque, la cruauté du monde à leur égard est à peine croyable mais sublime. 

Je resterai sur ce sentiment, et sur l’impression d’avoir levé un coin du rideau historique. Je rappelle que cette épisode n’est pas enseigné (Mlle de Montpensier n’apparaît pas dans le Viguerie - le livre de référence des modernistes du XVIIIe siècle). 

Donc L'Echange des princesses reste roman historique agréable, de facture quand même très classique, qui ne réussit pas la prouesse littéraire de La Chambre de Chandernagor ou l'accessibilité et la mise en suspens des Rois Maudits.

Je vous renvoie à Dominique qui l'a beaucoup aimé et à Estelle qui émet aussi quelques réserves...

Bon l'un dans l'autre,je ne suis pas la meilleure personne pour parler des romans historiques...

 mais je ne suis pas certaine qu'un historien soit le mieux placé pour romancer l'histoire...parce que son travail consiste justement à échapper à cela.

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