Les Maladies Liées À L'eau: Actualités 2023
Les Maladies Liées À L'eau: Actualités 2023
Les Maladies Liées À L'eau: Actualités 2023
1. Généralités
Les maladies liées à l’eau sont à la fois dues au manque d’eau, en particulier au manque
d’eau potable, mais aussi au «trop plein d’eau» du aux inondations, le plus souvent suite à
des pluies diluviennes ou à des raz-de-marée provoqués par des tremblements de terre ou à
des éruptions volcaniques sous-marines, comme nous l’a rappelé le tsunami du 26/12/2004.
En 2014, le Pr. Marc Gentilini écrivait : « Longtemps considérée comme inépuisable, l’eau
apparaît désormais comme une ressource restreinte et vulnérable, malmenée par la
croissance démographique, l’urbanisation et l’industrialisation du monde, les gaspillages et
les pollutions. Les tensions qu’elle suscite s’échelonnent au niveau local, régional et mondial.
Les enjeux sont multiples et primordiaux : santé publique, sécurité alimentaire, équilibres
écologiques, développement économique et social - agriculture, industrie, transport,
énergie…
La population mondiale, qui augmentera de moitié au cours du demi-siècle prochain, passant
de 6 à 9 milliards d’individus, sera de plus en plus concentrée dans des villes devenues des
mégapoles. La survie de cette population dépend de l’essor d’une agriculture qui utilise déjà
70 % de l’eau disponible. La lutte contre la pauvreté requiert l’accès à la consommation
directe en eau, alors qu’à défaut d’infrastructures adéquates, une personne sur cinq est
aujourd’hui privée d’eau potable et une sur deux, de tout système d’assainissement. Enfin,
l’élévation du niveau de vie et le désir universel de bien-être entraînent le développement
des usages industriels de l’eau. Au total, les besoins en eau devraient donc s’accroître d’au
moins 40 % d’ici vingt ans ! Aussi l’eau douce est-elle, plus que jamais, au cœur des
préoccupations mondiales. Or celle-ci ne représente que 2 % de l’eau disponible ».
L’OMS a publié en 2021 les 10 principaux faits sur la crise mondiale de l’eau :
1. 800 millions de personnes dans le monde n’ont pas un accès de base à l’eau.
2. Plus de personnes meurent à cause de l’eau insalubre que de toutes les formes de
violence, y compris la guerre.
3. 2,3 milliards de personnes, soit près de 1 sur 3, n’ont pas accès à des toilettes.
4. Les maladies diarrhéiques, causées principalement par une eau insalubre et un mauvais
assainissement, tuent plus d’enfants de moins de 5 ans que le paludisme, le sida et la
rougeole réunis.
5. Les maladies diarrhéiques tuent un enfant toutes les 60 secondes.
6. L’eau insalubre et le manque d’assainissement provoquent des épisodes répétés de
maladies diarrhéiques, ce qui entraîne la malnutrition, affaiblit le système immunitaire et rend
d’autres maladies plus probables. Cela fait des maladies diarrhéiques l’une de maladies les
plus mortelles dans les pays en développement.
7. En Afrique subsaharienne, les femmes et les filles passent environ 40 milliards d’heures
par an à collecter l’eau.
8. Les dernières données suggèrent que pas moins de 443 millions de jour d’école sont
perdus chaque année en raison des maladies liées à l’eau.
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9. Le temps perdu à collecter l’eau réduit considérablement le temps agricole productif des
femmes dans certaines parties du monde en développement. Avec de l’eau potable à
proximité, on estime que les femmes pourraient nourrir 150 millions de personnes affamées
dans le monde.
10. Pour chaque dollar investi dans l’eau potable et l’assainissement, un rendement de 5 à
28 dollars américains est retourné en activité économique accrue et en réduction des coûts
de soins de santé.
En 2022, l’OMS a fait paraître des données chiffrées intitulées « Eau potable » :
- en 2020, seulement 74 % de la population mondiale, soit 5,8 milliards de personnes,
utilisaient un service d’alimentation en eau potable, géré en toute sécurité, exempt de toute
contamination,
- au moins 2 milliards de personnes utilisent une source d’eau « potable » contaminée par
des matières fécales,
- la contamination microbiologique de l’eau « potable » entraîne chaque année 485 000
décès consécutifs à des maladies diarrhéiques,
- en 2019, dans les pays les moins avancés, 50 % seulement des établissements de santé
disposaient de services d’alimentation en eau de base, 37 % de services d’assainissement
de base et 30 % d’un service de gestion des déchets de base.
À l’opposé, l’eau peut manquer mettant à sec les rivières, mais aussi les barrages, obligeant
d’attendre la prochaine saison des pluies pour rétablir l’électricité (pas d’eau, pas
d’électricité), comme c’est parfois le cas en Afrique.
Depuis quelques années, le changement climatique entraîne de plus grandes fluctuations
dans la collecte des eaux, en particulier des eaux fluviales. Le réchauffement climatique a
des effets préoccupants dont la réduction de la quantité et de la qualité des eaux et
l’accroissement de leur température, alors que les besoins en eau augmentent avec la
croissance démographique, le développement économique et l’élévation du niveau de vie
dans de nombreux pays. La gestion de l’eau, en particulier des eaux partagées, est ainsi
appelée à devenir un sujet majeur de préoccupation et de tensions dans les années à venir.
Ainsi, la Guyane française partage avec ses voisins, le Suriname et le Brésil (État d’Amapa)
deux bassins versants : le Maroni (66 000 km2) et l’Oyapock (33 000 km2). Les Nations-
Unies ont organisé une conférence multilatérale sur l’eau en mars 2023 à New-York.
La cible 6.1 des ODD appelle à assurer l’accès universel et équitable à l’eau potable à un
coût abordable.
Les conséquences liées au manque d’eau sont bien connues : déshydratations, maladies à
transmission féco-orale dites « maladies des mains sales » que sont les maladies
diarrhéiques, mais aussi les maladies dermatologiques (gale) ou ophtalmologiques
(trachome) et les maladies transmises par les poux et les tiques par manque d’hygiène
corporelle et de lavage des vêtements. (rickettsioses, fièvres récurrentes)
Les problèmes dus à une mauvaise qualité biologique de l’eau sont aussi bien connus. Ce
sont les maladies du péril fécal (eaux souillées, aliments souillés, mains sales) : diarrhées
infectieuses en particulier choléra et shigelloses, fièvre typhoïde, hépatites virales A et E,
auxquelles il faut ajouter la leptospirose.
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2. L’alimentation en eau
Les besoins quantitatifs en eau concernent l’eau de boisson, l’eau nécessaire pour l’hygiène
corporelle, l’eau de cuisson des aliments.
Les quantités minimales d’eau pour assurer la survie sont :
- en zone tempérée de 3 litres/ jour/ personne,
- en zone tropicale de 6 à 10 litres/ jour/ personne
Le chiffre de 20 litres/ jour/ personne est souvent cité comme la quantité minimale si on
intègre en plus les besoins liés à l’alimentation et à l’hygiène. Le besoin d’eau varie selon
l’exercice physique et la température ambiante : elle peut être de 5 litres pour survivre
jusqu’à 40 litres par jour en zone tropicale.
La quantité prime sur la qualité. Il y a donc une nécessité de quantités suffisantes d’eau,
même de qualité médiocre, pour les activités d’hygiène, ce qui entraîne une prévention de la
contamination de la nourriture, des ustensiles, des mains, et donc la réduction de la
transmission des principaux germes pathogènes.
Plusieurs exemples :
- l'épidémie de fièvre typhoïde à Douchanbé au Tadjikistan en 1996, suite à l’éclatement de
l’URSS et au début de guerre civile, a été causée par Salmonella typhi et favorisée par les
traitements insuffisants en particulier en ce qui concerne la clarification des eaux de surface
utilisées et à l’absence de désinfection due au manque de chlore entre décembre 1996 et
avril 1997.
- l'épidémie de choléra qui a atteint la ville de Rumonge, riveraine du lac Tanganyika, au
Burundi en janvier 1996, due au sabotage par la rébellion des canalisations alimentant la
ville et les villages environnants en eau potable et entraînant une consommation des eaux du
lac par la population. Or, les eaux du lac et des rivières affluentes sont infestées par Vibrio
cholerae depuis 1978.
- la « tragédie de Walkerton » en Ontario au Canada en 2000 : série d'événements qui ont
accompagné la contamination de l'eau par un Echerichia Coli O157-H7, producteur de shiga-
toxine. Des séquelles, en particulier rénales, ont nécessité un suivi à long terme des patients
ayant présenté une gastro-entérite aiguë.
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Bactéries Salmonella spp., Shigella spp., Escherichia coli pathogènes, Vibrio cholerae, Campylobacter jejuni,
Clostridium perfringens, Yersina enterocolitica, Clostridium difficile, Staphylococcus aureus, Bacillus
cereus, …
En pratique, on se base sur l’utilisation d’indicateurs de pollution d’origine fécale pour avoir
une idée bactériologique de la qualité de l’eau. Les germes tests sont les coliformes fécaux.
Ils sont assez bien représentatifs de la qualité de l’eau et sont facilement mis en évidence.
Il est généralement admis qu’une eau peut être distribuée lorsqu’elle n’excède pas la valeur
de 10 coliformes fécaux/100 ml
Ceci est obtenu par le traitement des eaux : clarification (sédimentation [ou décantation] /
filtration lente sur sable), désinfection par le chlore. La chloration a pour but d’éliminer les
germes tests, c’est-à-dire les coliformes. En pratique, le chlore, qui est un désinfectant très
puissant et très peu toxique, détruit tous les virus et les bactéries pathogènes de l’eau.
Dès le XIXème siècle, des mesures de prévention ont été adaptées au danger bactérien
(Vibrio cholerae, Salmonella typhi) permettant une régression des maladies bactériennes
transmises par les eaux.
En 1950, le risque dû aux maladies virales a été mis en évidence avec la poliomyélite.
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Ainsi, l’absence de germes tests dans une eau est une condition nécessaire qu’il faut
absolument vérifier pour donner la certitude que l’eau est dépourvue de germes pathogènes.
Mais, certains parasites, comme Cryptosporidium spp, résistent à la chloration.
3.2. Les voyageurs des pays du nord qui se rendent en zones tropicales redoutent la turista
ou diarrhée du voyageur. C’est un épisode diarrhéique aigu bénin dans 90% des cas qui
survient dans les premiers jours qui suivent l’arrivée, dure un à trois jours et régresse le plus
souvent spontanément, mais qui à l’évidence, perturbe le voyage.
La turista est due à des germes d’origine fécale, véhiculés par l’eau ou par des aliments, par
les mains sales ou par les mouches. La contamination est donc fréquente dans les pays à
faible niveau d’hygiène. Son taux d’incidence est en moyenne de 40 % et 2 à 10 % font des
formes graves. Les germes le plus souvent en cause sont des colibacilles, Escherichia coli
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enterotoxinogenes (ETEC) dans la moitié des cas. La diarrhée du voyageur est le plus
souvent bénigne parce que les ETEC sont des germes non invasifs. Les diarrhées du
voyageur sont dues aussi à des virus : rotavirus et surtout norovirus. Les infections à Giardia
duodenalis seraient les plus fréquentes chez l’enfant.
On peut éviter la turista en suivant très scrupuleusement les conseils aux voyageurs
concernant l’hygiène de l’eau, des aliments, des mains.
3.3. Les maladies du péril fécal sont très fréquentes sous les tropiques :
- le choléra et tous les syndromes cholériformes caractérisés par une diarrhée liquide dus à
des germes non invasifs, en particulier chez l’enfant à des virus gastroentériques : les
rotavirus sont les agents les plus fréquents des diarrhées du nourrisson et de l'enfant de
moins de 3 ans,
- les dysenteries bacillaires ou shigelloses, les campylobactérioses, les yersinioses, les
colibacilloses sont dues à des microbes invasifs causes de diarrhées glairo-sanglantes. Il en
est de même de l'amibiase colique.
- les salmonelloses dont la fièvre typhoïde,
- les hépatites virales A et E,
- la poliomyélite,
- les leptospiroses,
- mais, surtout les diarrhées aiguës infectieuses infantiles provoquées par un ensemble
de germes intestinaux, cause d’une mortalité élevée.
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3.3.4. La poliomyélite
La transmission de la poliomyélite se fait dans les PED par voie féco-orale. C’est une
maladie infectieuse essentiellement neurotrope due aux poliovirus sauvages 1 et 3.
L’apparition de poliovirus dérivés du VPO (VDPV), devenus pathogènes, est à l’origine de
flambées de poliomyélite dans les PED.
3.3.5. La leptospirose
La transmission de la leptospirose se fait par contact de la peau et des muqueuses avec de
l’eau, de la terre ou des plantes humides (canne à sucre par exemple) ou de la boue
contaminées par l’urine des rongeurs. Les crues consécutives à de fortes pluies facilitent la
propagation de la bactérie liée à la prolifération des rongeurs infectés dont l’urine contient
d’importantes quantités de leptospires.
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4. La prévention
Tableau V - Agents chimiques et temps de contact pour rendre l’eau de boisson potable
Hypochlorite de
Drinkwell Chlore® 3 gouttes/L 60
sodium
Tosylchloramide
Hydroclonazone® 1 cp : 12,2 mg/L 60
(Chloramine)
Dichloro-isocyanurate
Aquatabs® 1 cp : 3,5 mg/L 30
de sodium [DCCNa]
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- la promotion des bonnes pratiques d’hygiène : lavage des mains à l’eau et au savon, avant
les repas, après avoir été aux latrines,
- l’utilisation des latrines pour déféquer et leur maintien propre,
- la désinfection des excréta par le crésyl sodique, si on ne dispose pas d’un réseau
d’évacuation des matières usées,
- la lutte contre les mouches.
Références
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https://medicalguidelines.msf.org/viewport/phe/files/latest/30544469/30544476/1/152759830
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Sénégal, situation sanitaire en 2010. Méd. Trop., 2011, 71, 123-128.
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- Académie des Sciences d’Outre-Mer (AS0M). Gestion des eaux partagées : entre
coopération et conflits. 16 juin 2023.