Entreprises en Difficulté
Entreprises en Difficulté
Entreprises en Difficulté
e pratiques ercices
expratiques
experractiicqeuses
Françoise Pérochon
Anaëlle Donnette-Boissière
pratiques
Cet ouvrage propose 27 cas pratiques, suivis de leur corrigé détaillé,
choisis pour illustrer les règles fondamentales et les principales
difficultés techniques du Droit des entreprises en difficulté, en particulier
lorsqu’il interfère avec le droit des sûretés, mais aussi les autres
branches du droit civil (contrats, régimes matrimoniaux…), le droit
du travail ou le droit processuel.
exercices
Ces cas portent sur le traitement amiable (alerte et conciliation)
et sur le traitement judiciaire de ces entreprises en difficulté : ouverture
de la procédure, période d’observation, plans de sauvegarde et de
ENTREPRISES
redressement (préparation, exécution, inexécution), liquidation judiciaire,
cession d’entreprise, sort des salariés et répartitions entre les créanciers,
ENTREPRISES EN DIFFICULTÉ
patrimoine du débiteur (déclarations, revendications, mais aussi sort
des cautions) et nullités de la période suspecte.
Les documents, souvent des arrêts récents, nourrissent la réflexion
et donnent accès à la jurisprudence la plus utile, essentielle dans cette
EN DIFFICULTÉ
matière très évolutive, ainsi étudiée de façon approfondie et pratique.
Françoise Pérochon, agrégée des Facultés de droit, diplômée d’HEC
et du DJCE, Professeur à la Faculté de droit de Montpellier, est co-titulaire
de la chaire Prévention et traitement des difficultés des entreprises
du Laboratoire d’excellence Entreprendre de l’Université de Montpellier.
Elle est l’auteur du Manuel Entreprises en difficulté (LGDJ) et Directeur
scientifique du Bulletin Joly Entreprises en difficulté.
8e édition
A. Donnette-Boissière
F. Pérochon
Anaëlle Donnette-Boissière, diplômée du DPRT, maître de conférences
en droit privé à la Faculté de droit de Montpellier, est co-directrice
du master 2 Droit et pratique des relations de travail de l’Université PRÉPARATION
AUX
TRAVAUX DIRIGÉS
de Montpellier et directrice du DU Droit social des entreprises à
dimension internationale à l’Université de Montpellier.
ET AUX
EXAMENS
ISBN 978-2-275-03897-1
www.lextenso-editions.fr 25 €
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Françoise Pérochon
HEC, DJCE
Professeur à la Faculté de droit de Montpellier
et
Anaëlle Donnette-Boissière
Maître de conférences en droit à l’Université de Montpellier
et Co-directrice du master 2 Droit et pratique des relations de travail
ENTREPRISES
EN DIFFICULTÉ
8e édition
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Chapitre 3
Plans de sauvegarde
et de redressement
SUJET 13
Cas ÉLECTRIX (1re partie) – Redressement judiciaire – Période
d’observation – Projet de plan de redressement ou de plan
de cession – Choix entre le redressement et la cession – Biens
non affectés à l’activité – Paiement par le cessionnaire d’une
créance antérieure
La SA ÉLECTRIX, qui fabrique du matériel électrique et emploie trente salariés, est pro-
priétaire de deux immeubles :
– un immeuble de bureaux loués à des tiers, évalué 120 000 euros ; une hypothèque est
inscrite sur cet immeuble en garantie d’une créance échue de 10 000 euros ;
– un terrain affecté à l’exploitation, évalué 40 000 euros.
La SA ÉLECTRIX vient d’être mise en redressement judiciaire.
I – L’administrateur a reçu rapidement deux offres de reprise détaillées ci-après, qu’il vous
demande de l’aider à analyser (propositions n° 1 et n° 2).
– Proposition n° 1 : la SA NOURRY, une entreprise de la région qui exerce la même acti-
vité que la SA ÉLECTRIX, propose de reprendre l’ensemble des actifs dans les conditions
suivantes :
• l’activité serait intégralement maintenue, mais une réorganisation conduirait à transférer
dix salariés dans l’usine de la SA NOURRY située à une cinquantaine de kilomètres ;
• en outre, la SA NOURRY se fait fort d’embaucher deux nouveaux salariés dans l’année
qui suit ;
• le prix de cession serait de 120 000 euros, payable dès la réalisation de la cession (ce qui
correspond à environ la moitié du passif antérieur privilégié) ;
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• le repreneur entend poursuivre le bail de l’immeuble dans lequel est exercée l’activité
ainsi que les contrats de crédit-bail afférents à l’ensemble du matériel industriel utilisé par
la société ÉLECTRIX, mais demande à bénéficier pour le paiement de chacune des échéances
futures du bail et des contrats de crédit-bail d’un délai de paiement de deux ans ;
• il s’engage à désintéresser sans délai le créancier hypothécaire.
– Proposition n° 2 : elle émane de la société CABLOR, important client de la société
ÉLECTRIX désireux d’intégrer cette activité, et prévoit :
• la reprise et le maintien de la majeure partie de l’activité, à l’exception toutefois d’un
atelier dont l’activité est clairement déficitaire, et qui emploie neuf salariés ; la cession por-
terait sur l’ensemble des actifs affectés à l’exploitation, à l’exception du matériel équipant
l’atelier condamné ;
• l’engagement de mettre à la disposition de l’entreprise une somme de 40 000 euros pour
financer le besoin en fonds de roulement ;
• le prix de cession serait de 70 000 euros, payable sur trois ans ;
• les emplois conservés le seraient pour au moins deux ans, le repreneur acceptant de payer
une pénalité de 10 000 euros par licenciement intervenu au cours de cette période, engage-
ment garanti par un cautionnement bancaire ;
• tous les contrats en cours lui seraient cédés, à l’exclusion de ceux relatifs à l’approvision-
nement et à l’équipement de l’atelier condamné et d’un contrat de location-vente conclu par
l’administrateur et portant sur une machine qui n’intéresse pas CABLOR.
II – L’administrateur reçoit enfin une proposition de la SA MILANO (proposition n° 3)
selon laquelle la SA MILANO, qui détient 80 % du capital social de la société ÉLECTRIX et
est opposée à toute augmentation de capital, accepterait, mais exclusivement dans la pers-
pective d’un plan de redressement, de prêter sans intérêt à la SA ÉLECTRIX une somme de
80 000 euros remboursable au bout de huit ans.
La société ÉLECTRIX s’engagerait à :
• payer immédiatement 20 % des créances antérieures et assimilées exigibles, le paiement
du solde étant étalé sur six ans ;
• maintenir l’emploi de vingt-deux salariés, les huit autres étant licenciés immédiatement
pour motif économique.
Les créanciers n’ont pas répondu à la consultation écrite que leur a adressée le mandataire
judiciaire sur cette proposition de règlement du passif, à l’exception d’un fournisseur qui a
dit consentir une remise de 30 % de sa créance à condition que le solde soit payé dans l’année.
L’administrateur vous demande d’analyser cette proposition et de le guider dans l’élabo-
ration du projet qui pourrait être présenté au tribunal.
Remarque préliminaire : Cet exercice vous propose une réflexion à partir de données
très simplifiées et, nécessairement, lacunaires. L’administrateur dispose dans la
réalité de nombreux autres éléments, d’ordre comptable, fiscal et financier en parti-
culier, ici éludés parce qu’ils alourdiraient considérablement l’exercice (auquel
l’administrateur, également doté de compétences dans ces autres domaines, peut
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consacrer plus de trois heures, durée habituelle d’une épreuve écrite d’examen…).
Son choix en est à la fois plus difficile et mieux étayé, puisqu’il intègre davantage
de paramètres.
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b) Cession de certains contrats en cours d’exécution
3. La poursuite de ces contrats en cours – qui semblent nécessaires au maintien
de l’activité : art. L. 642‑7, al. 1er – épargne au débiteur le poids des indemnités de
résiliation éventuelles qui grèverait le passif. Mais la réforme du 26 juillet 2005 a
supprimé le risque de laxisme judiciaire antérieur, et le tribunal ne peut plus accorder
de délais de paiement au cessionnaire pour le paiement des échéances futures
des contrats cédés qui « doivent être exécutés aux conditions en vigueur au jour de
l’ouverture de la procédure » (art. L. 642‑7, al. 3).
c) Cession de tous les actifs
4. La SA NOURRY propose de reprendre l’intégralité des actifs. Or, aux termes
de l’article L. 642‑1 C. com., « la cession a pour but d’assurer le maintien d’acti-
vités susceptibles d’exploitation autonome, de tout ou partie des emplois qui y sont
attachés et d’apurer le passif » : ne peut donc être compris dans le plan de cession
l’immeuble de bureaux qui n’intéresse nullement l’activité de l’entreprise et qu’il est
nécessaire, dans le respect de la lettre et de l’esprit des textes, de céder isolément
afin d’éviter tout détournement de la cession (v. infra Lect. ; v. en ce sens, Com.
3 mars 1992, n° 90‑12602, B. 103, selon lequel une cour d’appel excède ses pouvoirs
en déclarant « irrecevable l’appel formé par les consorts G. contre le jugement qui
a décidé que leurs biens personnels étaient inclus dans le plan de cession, sans
réserver le sort des biens non affectés à l’activité de l’entreprise, qui ne pouvaient être
compris dans ce plan et ne pouvaient, dès lors, qu’être vendus selon les modalités
prévues au titre III de la loi du 25 janvier 1985… »).
L’administrateur devrait donc indiquer sans tarder à la société NOURRY que
l’immeuble n’est pas inclus parmi les actifs de l’entreprise et qu’il en recommandera
la cession isolée, ce qui risque fort d’amener la société NOURRY à réviser à la baisse
le prix offert.
2. Apurement du passif
5. Le prix offert par la société NOURRY est de 120 000 euros et même, en termes
économiques, 130 000 euros, en tenant compte des 10 000 euros qu’elle propose
de verser au créancier hypothécaire dont la créance est échue.
Un tel engagement est‑il licite ? Le cessionnaire n’a pas, en principe, à payer les
créances antérieures du débiteur (v. à propos du droit d’entrée dû au bailleur, qualifié
d’indemnité destinée à compenser la dépréciation de l’immeuble, Com. 14 avr. 1992,
n° 89‑18486, B. 158 ; JCP E 1993 II 391, n. Lévy, et I 236, n° 12, obs. Pétel), mais
rien ne lui interdit de les prendre en charge, en tout ou partie (ex. 20 % du total…) :
ce sera l’une des obligations qu’il aura acceptées, et que mentionnera le jugement
arrêtant le plan de cession.
Ce que la société NOURRY propose ici est très différent : il s’agit de prendre en
charge une créance particulière, celle du créancier hypothécaire, qui serait ainsi
avantagé au détriment des autres créanciers (car le prix de cession offert devrait
logiquement en l’occurrence être de 130 000 euros et non pas de 120 000, à répartir
selon l’ordre légal). Un tel engagement méconnaît donc les règles d’ordre public
relatives au paiement des créanciers et rompt gravement l’égalité entre les créanciers
(sur le principe d’égalité, v. Lect. supra, Sujet 9, p. 116). Il devrait donc être illicite
(v. en ce sens, obs. préc. de P. Pétel, et celles de M. Cabrillac, JCP E 1993 I 295,
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n° 6). On ne saurait objecter que l’article L. 642‑12, al. 4 admet la licéité d’un accord
entre un créancier antérieur titulaire de sûreté et le cessionnaire : car, outre que
ce texte confirme, a contrario, le principe d’illicéité de ces arrangements, il permet
seulement au titulaire de la sûreté de renoncer à la faveur qui résulte pour lui de
l’article L. 642‑12, al. 4, de sorte que les autres créanciers n’y perdent nullement,
bien au contraire.
Pourtant, la Chambre commerciale a admis la licéité de l’engagement du cessionnaire
de payer telle créance antérieure, pourvu qu’il résulte d’une disposition spéciale de
l’acte de cession (Com. 9 nov. 1993, n° 90‑14271, B. 391 ; JCP E 1994 I 348, n° 4,
obs. Pétel ; Com. 30 nov. 1993, n° 91‑19478, NP ; Com. 17 mai 1994, n° 92‑13216,
B. 180 ; Com. 3 janv. 1995, n° 92‑22004, B. 4 ; JCP E 1995 I 455, n° 4, obs. crit.
Cabrillac et Pétel ; B. Soinne, « Le bateau ivre », LPA 14 mai 1997, p. 13 et RPC 1997.
105, n° 4), et la proposition relative au paiement du créancier hypothécaire est donc
conforme à cette jurisprudence.
Le prix de cession offert correspond, dit l’énoncé, à environ 50 % du passif privilégié,
qui est donc de l’ordre de 240 000 euros. Les créanciers chirographaires – payés par
hypothèse après les titulaires de sûretés – ne seraient donc pas payés.
Il apparaît ainsi que la SA NOURRY envisage de réaliser une assez bonne affaire
puisque, en déboursant 130 000 euros, elle deviendrait propriétaire des deux
immeubles, dont la valeur totale est de 160 000 euros, et de tous les autres actifs
mobiliers.
Parce qu’elle inclut l’immeuble de bureaux ainsi que des délais de paiement interdits
par les textes, et en dépit des engagements d’ordre social importants qu’elle
comporte (reprise de tous les contrats de travail et promesse d’embauche), cette
proposition devrait, en l’état, être écartée par l’administrateur, qui pourrait inviter la
société NOURRY à la reformuler tant qu’il en est temps (v. art. R. 642‑1, al. 3).
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2. Apurement du passif
7. Le prix de cession proposé, 70 000 euros payables sur trois ans, est assez faible :
il représente environ 30 % du passif privilégié antérieur du cédant, la SA ÉLECTRIX,
ce qui est peu. De surcroît, va s’ajouter à ce passif le coût des licenciements: en effet,
lorsqu’ils interviennent dans le mois qui suit le jugement arrêtant le plan de cession et
en exécution de celui‑ci (art. L. 642‑5, al. 4), la charge en est couverte par la garantie
de l’AGS (art. L. 3253‑8, 2°, b C. trav.), mais celle‑ci doit être ensuite remboursée par
le débiteur, dans les conditions prévues pour le règlement des créances antérieures,
l’AGS bénéficiant du privilège général des salariés (art. L. 3253‑16, 2° C. trav.).
L’étalement proposé sur trois ans du paiement du prix de cession présente de surcroît
l’inconvénient de retarder le paiement des créanciers de la société ÉLECTRIX. En
même temps, il démontre aussi que la société CABLOR n’a aucune intention spécu‑
lative, puisque, en application de l’article L. 642‑9 C. com., elle ne pourra, avant
paiement complet, disposer des biens repris autres que des stocks.
Même en tenant compte du fait que l’immeuble de bureaux sera réalisé séparément,
le prix (environ 120 000 euros) sera absorbé par les créanciers privilégiés et il apparaît
que les créanciers chirographaires de la SA ÉLECTRIX ne seront pas payés.
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utiles. Ces sommes devront lui être remboursées, mais sa créance est assimilée à
une créance antérieure (art. L. 3253‑16, 2° C. trav. ; l’art. L. 622‑24, al. 4 impose à
l’AGS de la déclarer).
2. Apurement du passif
11. Le passif antérieur – auquel s’ajoutera le coût des licenciements – serait réglé
grâce à un premier versement de 20 %, avec étalement du solde sur six ans, ce qui
est relativement favorable aux créanciers : pas de remise de dette sollicitée ; paiement
sur six ans, et non sept ou huit, comme il est fréquent ; premier versement immédiat,
alors que l’article L. 626‑18 exige simplement qu’il intervienne dans le délai d’un an.
En application de l’article L. 626‑5, al. 2, les créanciers qui n’ont pas répondu à cette
proposition que leur a transmise le mandataire judiciaire sont censés l’avoir acceptée.
Le tribunal devra en conséquence, s’il arrête ce plan de redressement, donner acte
des délais ainsi acceptés (sauf à proposer de les réduire en même temps que leurs
créances, hypothèse d’école : art. L. 626‑18 et L. 626‑19 C. com.).
Un fournisseur a toutefois répondu, et demandé un paiement à bref délai de 70 % de
sa créance, avec remise du solde : sa proposition s’analyse en un refus de la propo‑
sition de l’administrateur, assorti d’une contre-proposition, plus avantageuse pour le
créancier, mais qui n’apparaît pas excessive. Face à ce refus, le tribunal pourra fixer
le délai qu’il juge bon dans la limite de la durée du plan (solution arbitraire prévue par
l’article L. 626‑18, al. 4), sous réserve qu’il soit identique pour tous les créanciers,
ce qui est sans portée ici dans la mesure où un seul a refusé, la loi exigeant aussi
que le premier paiement intervienne dans l’année et que le créancier perçoive au
moins 5 % par an à partir de la 3e année. Mais, pour des raisons d’opportunité, si,
par exemple, le maintien de bonnes relations avec ce créancier est important pour
le débiteur, l’administrateur pourrait suggérer au tribunal d’accepter la proposition
de ce créancier ou de fixer un délai voisin de celui qu’il propose.
12. Avant la loi de sauvegarde, les textes n’exprimaient aucune préférence claire
pour l’un ou l’autre plan et la jurisprudence avait refusé, à tort selon nous, de recon‑
naître une hiérarchie entre eux, laissant les juges du fond choisir souverainement
(Com. 26 juin 1990, n° 89‑12496, B. 191 ; Com. 10 juill. 1990, n° 88‑18941, B. 208 ;
Com. 26 nov. 1990, n° 88‑17543, B. 302) entre la continuation de l’entreprise par le
débiteur, et le plan de cession, qui repose pourtant sur ces mécanismes d’exception
que sont l’expropriation du débiteur et la cession forcée des contrats. La loi du
26 juillet 2005 a heureusement pris le parti inverse, et interdit au tribunal d’ordonner
la cession d’une activité s’il n’est pas établi que le débiteur est « dans l’impossibilité
d’en assurer lui-même le redressement » (art. L. 631‑22 et L. 640‑1) : la cession
d’entreprise est ainsi cantonnée aux activités dont le débiteur ne peut pas (ou faut‑il
sous‑entendre, ne veut pas) assurer lui‑même le redressement, ce qui lui confère un
caractère subsidiaire tout à fait opportun (v. par ex. Com. 27 mai 2014, n° 13‑14172,
NP). Il en résulte que, en théorie tout au moins, une offre de reprise n’entre jamais
en concurrence avec une offre de redressement, puisqu’elle ne sera examinée
qu’après élimination de celle‑ci, en accord avec le « principe de primauté du plan
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de redressement par continuation » selon l’expression de la cour d’appel de Caen
(qui opte, après une analyse approfondie de la situation, en faveur d’un plan de
cession : CA Caen, 8 avr. 2010, résumé infra, Doc. 4, p. 164 ; adde Com. 4 nov. 2014,
n° 13‑21703, B., infra, Doc. 2). Il n’y a donc pas lieu, en l’occurrence, de comparer
point par point la proposition n° 2 (offre de reprise par la SA CABLOR ; rappelons
que celle de la SA NOURRY ne saurait être retenue en l’état) à la proposition n° 3
(propositions de la SA MILANO tendant à un plan de redressement), mais seulement
de se demander si cette dernière répond aux exigences légales, c’est‑à‑dire si elle
apparaît suffisamment sérieuse et apte à assurer le rétablissement économique de
l’entreprise et le paiement des créanciers (1), et dans l’affirmative, de rappeler les
principes d’élaboration du projet de plan de redressement (2).
1. La possibilité de redressement de la société ÉLECTRIX
13. La proposition émanant de la société MILANO assure le maintien de la grande
majorité des emplois (huit licenciements sur trente salariés), la compression d’effectif
permettant toutefois de réduire les charges de la débitrice, ce qui paraît judicieux
et qui, couplé avec le prêt gratuit à long terme proposé, est de nature à rétablir la
situation. Par ailleurs, les créanciers doivent être intégralement payés sur six ans,
avec un premier versement immédiat de 20 %.
La proposition de la SA MILANO paraît ainsi répondre aux exigences des articles
L. 626‑1 et suivants (applicables dans le redressement judiciaire par renvoi de l’article
L. 631‑19), sous la seule réserve qu’il n’est pas fait état de garanties d’exécution
offertes par la SA MILANO : comme le projet repose sur le prêt des 80 000 euros
que la SA MILANO a eu la prudence de subordonner expressément à l’adoption du
plan de redressement, il serait judicieux que, de la même façon, l’administrateur lui
fasse préciser dans sa proposition le délai maximal de mise à disposition des fonds,
éventuellement assortie de sanctions (garantie de sérieux du plan…).
2. L’élaboration du projet par l’administrateur
14. Dans le redressement judiciaire, l’administrateur a la charge de l’élaboration du
projet de plan de redressement, « avec le concours du débiteur » (art. L. 631‑19,
I, al. 2 ; v. sur les finalités du redressement judiciaire et du plan, les art. L. 631‑1,
L. 626‑1 et L. 631‑19 C. com.). Il n’est pas obligé de s’en tenir aux propositions émises
par le débiteur ou par d’autres personnes et il peut suggérer toutes les mesures qui lui
semblent nécessaires, mais exclusivement dans la mesure où elles n’aggravent pas
les contraintes acceptées par les personnes qui exécuteront le plan : en effet, l’article
L. 626‑10, al. 3, pragmatique et indispensable à la sécurité de ces personnes, interdit
au tribunal de leur imposer « des charges autres que les engagements qu’elles ont
souscrits au cours » de la préparation du plan. En l’occurrence, l’administrateur est
donc contraint d’élaborer son projet de plan de redressement en restant dans les
limites définies par la proposition de la SA MILANO, sauf à la convaincre d’accroître
ses engagements ou, à tout le moins, comme il a été vu, de garantir la mise à dispo‑
sition effective des fonds promis.
Le rapport qu’il doit faire au tribunal comporte d’abord le bilan économique, social
et le cas échéant environnemental de l’entreprise défini par l’article L. 623‑1 puis,
s’il estime que le redressement en est possible, la proposition d’adopter un projet
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en ce sens, dont le contenu est détaillé par l’article L. 626‑2 (auquel renvoie l’art.
L. 631‑19) : il comporte non seulement l’analyse de la proposition tendant au redres‑
sement, mais aussi celle des offres d’acquisition émanant de tiers (al. 5), c’est‑à‑dire
les principaux éléments exposés ci‑dessus tendant à établir qu’un plan de redres‑
sement est possible, sur la base de la proposition de la SA MILANO.
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163
p. 446, n. Cerati-Gauthier ; APC 2014-16, n° 290, n. Fin-Langer ; LPA 25 mars 2015, p. 18,
n. Gamaleu Kameni.
Doc. 4. CA Caen, 1re ch. sect. civ. et com., 8 avr. 2010, RG n° 09/03256, SAS Normandie plats
cuisinés, JCP E 2010, 1585, n. Lebel (résumé par Ch. Lebel).
Doc. 5. Com. 21 févr. 2006, 04-10187, B. 46 ; JCP E 2006. 1569, n° 3, obs. Cabrillac ; GPC
30 avril 2006, p. 32, obs. Voinot.
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Doc. 3. Com. 23 sept. 2014, n° 13-19713, B.
Attendu, selon l’arrêt attaqué, que M. X…, la procédure collective, il n’avait plus la qualité
gérant de la SARL Francky-Matic (la société de dirigeant de droit, la cessation de ses fonctions
débitrice), ayant pour activité la conception de n’était pas le résultat d’un choix délibéré, mais
jeux automatiques à installer dans des débits s’imposait à lui et à la société et que son rempla-
de boissons, a été poursuivi pour infraction à la cement par M. Y… n’était pas la conséquence
législation sur les jeux de hasard et, par décision d’un fonctionnement normal de celle-ci, de
du 18 novembre 2011 du juge des libertés et de sorte que M. X… ne peut s’en prévaloir et doit
la détention mis sous contrôle judiciaire avec être considéré comme le seul dirigeant sortant
interdiction de diriger la société débitrice ; qu’il atteint par l’interdiction d’acquérir ; Attendu
a été remplacé dans ses fonctions par M. Y… à qu’en statuant ainsi, la cour d’appel, qui n’a pas
compter du 8 décembre 2011, le nouveau gérant relevé l’existence d’une fraude, n’a pas tiré les
déclarant la cessation des paiements de la société conséquences légales de ses constatations et a
débitrice le 16 décembre 2011 ; qu’après ouverture violé le texte susvisé…
d’une procédure de redressement judiciaire, le Vu l’article L. 642-3, alinéa 1er, du Code de
20 décembre 2011, deux offres de reprise ont été commerce ; Attendu que, pour déclarer irrece-
reçues dont une présentée par M. X… ; qu’après vable l’offre de M. X…, l’arrêt retient encore, par
avoir déclaré celle-ci irrecevable et rejeté l’autre, motifs propres, que quelques jours seulement
le tribunal a prononcé la liquidation judiciaire ; séparant l’entrée en fonctions de M. Y… de la
Sur la recevabilité des pourvois (…) déclaration de cessation des paiements, il est
Sur les moyens uniques, pris en leurs deux démontré qu’il n’a pu exercer la direction de
premières branches, de chaque pourvoi, rédigés la société débitrice et, par motifs adoptés, que
en termes identiques, réunis : Vu l’article L. 642-3, M. X… étant, par personne morale interposée,
alinéa 1er, du Code de commerce, rendu appli- l’associé majoritaire de celle-ci, il doit en être
cable, par l’article L. 631-22, alinéa 1er, du même présumé gérant de fait ; Attendu qu’en se déter-
code, à la cession de l’entreprise en redressement minant par de tels motifs impropres à établir que
judiciaire ; Attendu qu’il ne résulte pas de ce texte M. X… aurait été le dirigeant de fait de la société
que l’ancien dirigeant de droit de la personne débitrice après la nomination de son successeur,
morale débitrice serait frappé d’une interdiction la cour d’appel n’a pas donné de base légale à sa
de présenter une offre d’acquisition de l’entre- décision ;
prise, sauf en cas de fraude ; PAR CES MOTIFS : CASSE ET ANNULE,…
Attendu que, pour déclarer irrecevable l’offre
de M. X…, l’arrêt retient que si, à l’ouverture de
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propres, de faire des propositions sérieuses de À l’inverse, le plan de cession totale, qui
redressement. permet à l’entreprise de s’intégrer dans un
Tel est le cas en l’espèce, où le passif s’est groupe structuré, de bénéficier de moyens finan-
aggravé pendant la période d’observation et ciers, humains et commerciaux et de profiter des
où la société débitrice n’était plus en mesure de débouchés du groupe pour la création potentielle
poursuivre les contrats de crédit-bail portant sur d’emplois nouveaux offre une garantie indiscu-
le matériel d’exploitation. table pour assurer la pérennité de l’entreprise.
Le plan de continuation proposé par le
débiteur impliquait l’intervention d’un tiers
entrant dans le capital de la société.
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3 / que le mandataire judiciaire soutenait que du juge-commissaire, ses créanciers étant réglés
le créancier dont la créance était éteinte à l’égard selon les modalités du plan ;
du débiteur soumis à une procédure collective, Qu’ayant constaté que la cession de
faute de déclaration de sa créance, ne pouvait l’immeuble appartenant aux époux X… n’était
exercer de poursuite individuelle à l’encontre pas prévue par le plan, la cour d’appel en a
du conjoint in bonis et, en particulier, ne pouvait exactement déduit que le prix de la vente, inter-
faire valoir son hypothèque ; qu’en délaissant des venue après l’arrêté de ce plan, n’avait pas à être
écritures aussi déterminantes, la cour d’appel versé au commissaire à l’exécution du plan et
a méconnu les exigences de l’article 455 du devait revenir à la Caisse, créancière de Mme X…
nouveau Code de procédure civile ; et bénéficiant d’une hypothèque de premier rang
Mais attendu qu’après l’arrêté du plan de sur cet immeuble ; que le moyen, qui n’est pas
continuation et sauf disposition contraire de fondé en sa première branche, est inopérant pour
celui-ci, le débiteur, redevenu maître de ses biens, le surplus ;
peut disposer de ceux-ci ainsi que de leur prix, PAR CES MOTIFS :
sans avoir à solliciter l’autorisation du tribunal ou REJETTE le pourvoi ; …
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xercices
e pratiques ercices
expratiques
experractiicqeuses
Françoise Pérochon
Anaëlle Donnette-Boissière
pratiques
Cet ouvrage propose 27 cas pratiques, suivis de leur corrigé détaillé,
choisis pour illustrer les règles fondamentales et les principales
difficultés techniques du Droit des entreprises en difficulté, en particulier
lorsqu’il interfère avec le droit des sûretés, mais aussi les autres
branches du droit civil (contrats, régimes matrimoniaux…), le droit
du travail ou le droit processuel.
exercices
Ces cas portent sur le traitement amiable (alerte et conciliation)
et sur le traitement judiciaire de ces entreprises en difficulté : ouverture
de la procédure, période d’observation, plans de sauvegarde et de
ENTREPRISES
redressement (préparation, exécution, inexécution), liquidation judiciaire,
cession d’entreprise, sort des salariés et répartitions entre les créanciers,
ENTREPRISES EN DIFFICULTÉ
patrimoine du débiteur (déclarations, revendications, mais aussi sort
des cautions) et nullités de la période suspecte.
Les documents, souvent des arrêts récents, nourrissent la réflexion
et donnent accès à la jurisprudence la plus utile, essentielle dans cette
EN DIFFICULTÉ
matière très évolutive, ainsi étudiée de façon approfondie et pratique.
Françoise Pérochon, agrégée des Facultés de droit, diplômée d’HEC
et du DJCE, Professeur à la Faculté de droit de Montpellier, est co-titulaire
de la chaire Prévention et traitement des difficultés des entreprises
du Laboratoire d’excellence Entreprendre de l’Université de Montpellier.
Elle est l’auteur du Manuel Entreprises en difficulté (LGDJ) et Directeur
scientifique du Bulletin Joly Entreprises en difficulté.
8e édition
A. Donnette-Boissière
F. Pérochon
Anaëlle Donnette-Boissière, diplômée du DPRT, maître de conférences
en droit privé à la Faculté de droit de Montpellier, est co-directrice
du master 2 Droit et pratique des relations de travail de l’Université PRÉPARATION
AUX
TRAVAUX DIRIGÉS
de Montpellier et directrice du DU Droit social des entreprises à
dimension internationale à l’Université de Montpellier.
ET AUX
EXAMENS
ISBN 978-2-275-03897-1
www.lextenso-editions.fr 25 €