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02/04/2025

L'envers de la girafe

"Oui, la souffrance était parfois le prix à payer, le prix de la liberté... "

Roman choral, situé dans un quartier populaire de Toulouse,  L'Envers de la Girafe met en scène des personnages quelque peu obsessionnels dont les destins vont se frôler, voire se percuter.
Il y a là Gaspard, qui surveille via des caméras de vidéo surveillance un carrefour,  Lucas, obnubilé par sa passion à la fois historique et scientifique des girafes, au grand dam de sa vieille mère... Pierre quant à lui est  transporteur de matières dangereuses alors que sa compagne, Zélie, est toujours prête à s'enflammer pour un combat écolo voué à l'échec. Il y a aussi " L'Homme à la craie" qui inscrit le nom des toutes les plantes qui ont réussi à se faufiler dans la plus petite anfractuosité et tient à garder un peu de sauvagerie dans son jardin, ce qui ne plaît pas à tout le monde.  Enfin, l'élagueur, Ahmed, homme qui se révèlera beaucoup plus posé et nuancé que les autres.pascal dessaint
Ce roman allie l'amour de l'histoire et de la nature de Pascal Dessaint qui joue aussi de l'opposition entre le sol et l'espace (balcon, toit, arbres, oiseaux...), le trait d'union entre les deux étant peut-être assuré par cette fameuse girafe...L'auteur interroge aussi avec lucidité  notre rapport à la nature: "Qu'étions-nous le plus souvent pour les animaux à part une menace? Il n'était aucun animal sauvage qui venait à nous de bon gré. Nous étions le danger, avec une haute idée de nous-mêmes qui nous rendait plus dangereux encore. "
La construction est virtuose et les personnages nuancés, plein de surprises se révélant avec délicatesse ou violence. Car oui, avec cet auteur impossible d'oublier la noirceur du monde mais, néanmoins , "[...] il nous a confié que la vie lui plaisait pour ces moments décalés, hors de contrôle, hors des normes, hors du carcan où la société tenait à nous enfermer. " Une réussite. Et zou, sur l'étagère des indispensables.

Envoi de l'auteur et de l'éditeur, sans contrepartie financière.

 Editions Rivages 2025.

 

28/03/2025

#Noircommelaneige #NetGalleyFrance !

Un container contenant des cadavres de femmes abandonné en plein champ de lave suscite évidemment l'émotion et l'ouverture d'une enquête. Une seule survivante, originaire d'Afrique, pourra peut-être aider Daniel et Helena , les policiers en charge de découvrir les responsables de ce trafic d'êtres humains.
En parallèle, l'ex-femme de Daniel, Elin,  est tombée amoureuse d'un Russe , plus jeune qu'elle, et qui semble fort pressé de l'épouser...lilja sigurdardóttir
Aurora, enquêtrice indépendante spécialisée dans les trafics financiers, va se mettre sur la piste de ce Russe dont Elin ne sait pas grand chose.
Évidemment, les intrigues vont se recouper, le tout pimenté par une tension sensuelle entre Daniel et Aurora, les tracas quotidiens des policiers, sans oublier la disparition inexpliquée de la sœur d'Aurora .
Le roman ne s’embarrasse pas de descriptions interminables du paysage islandais, pas plus que de considérations philosophiques et ou sociologiques, il privilégie le récit et ses personnages, même brossés à grands traits ( normal, c'est le tome 3 d'une série), suscitent l'intérêt et la sympathie. Bref, un bon roman de distraction, fluide et très agréable à lire.

Editions  Métailié 2025.,  traduit de l'islandais par jean-Christophe Salaün.lilja sigurdardóttir

25/03/2025

#LîledeClipperton #NetGalleyFrance !

" Tu comprends ce mot, apologie ? C'est comme mettre des  beaux habits à quelqu'un qui serait tout nu . "

Ouvrir L’île de Clipperton c'est entrer dans un univers déstabilisant où les personnages peuvent se nommer Balconette Sécateur ou Touquette Orsomimi. Un univers marqué par ce qu'on pourrait appeler la civilisation de la pomme, où les femmes semblent jouer un rôle essentiel et où la lecture d'un texte justement intitulé  L’île de Clipperton  pose problème.
Cet univers, c'est par l'intermédiaire d'une enfant que nous en prenons connaissance, Madge, et forcément notre vision ne peut en être que parcellaire et naïve. Des textes, de natures variées et au style pour le moins surprenant, nous permettent peu à peu de prendre connaissance,ce de l'histoire de cette île (qui existe vraiment) et dont le climat politique est fort agité. raphaël laforgue
L'utilisation d'un vocabulaire particulier , formé de mots-valises,  de néologismes et de détournements du sens de mots existant, augmente le dépaysement et le plaisir de la lecture. Clins d’œil à l'actualité et/ou à des auteurs ayant existé émaillent aussi un texte au rythme enlevé mais dont l'ossature narrative aurait gagné à être plus assurée. Un bon moment de lecture néanmoins.

 Editions Noir sur blanc 2025. raphaël laforgue

18/03/2025

Ces femmes-là...en poche

"En réalité, les criminels qui passent entre les mailles du filet n'y parviennent pas forcément parce qu'ils sont brillants, mais bien souvent parce qu'ils sont trop bêtes ou trop fous pour s'inquiéter. Ce n'est pas la capacité intellectuelle qui compte, c'est l'indifférence. "

Si on lit la quatrième de couverture on aura peut être l'impression d’avoir déjà lu cent fois cette histoire : des prostituées sont assassinées, quasiment dans l'indifférence générale, dans un quartier pourri de Los Angeles.ivy pochoda
Mais ici ce roman choral donne la part belle aux victimes, aux survivantes à leurs proches, à celles qui, par leur obstination, par-delà les années, parviendront à faire bouger la police, ici incarnée par une femme ostracisée elle aussi.
Ivy Pochoda nuance aussi la situation de ces femmes, ne les mettant pas toutes sous la même étiquette facile de "prostituée", ce terme équivalant pour la police à "quantité négligeable". Elle souligne leurs difficultés , leurs particularités.
Elle fait aussi de la ville un personnage à part entière et ne laisse qu'une place limitée au tueur en série qui ne brille ici ni par son intelligence , ni par sa personnalité.Bref, elle rebat les cartes et  s'il faut accepter d'être un peu perdu au début, le temps que le puzzle se mettre en place, le résultat en vaut franchement le coup car la structure est millimétrée et s'agence parfaitement. Un grand coup de cœur.

 Editions Globe poche 2025. Traduit de l'anglais (E-U) par Adélaïde Pralon.

 

17/03/2025

#Unboutdechemin #NetGalleyFrance !

"Une personne dont je me souvenais à peine, et dont je ne me serais jamais souvenue si elle ne m'avait pas appelée, avait gardé en elle une version de moi assez nette pour penser que j''allais "piger" quelque chose ? "

Angleterre, post-Brexit, pendant le confinement. La narratrice reçoit un coup de fil pour le moins surprenant. Une ex connaissance de la fac l'appelle pour lui relater une expérience pour le moins étrange impliquant une serrure ancienne fabriquée par une femme.
Le récit alternera ensuite les deux temporalités: celle de cette forgeronne si douée et celle du COVID. Mais le plus surprenant est la place que la famille de cette vague connaissance va prendre au sein du foyer de la narratrice, rendant la situation pour le moins oppressante et anxiogène...ali smith
 J'avoue n'avoir rien vu de ce qui était annoncé par la quatrième de couverture(Ali Smith interroge notre besoin de compagnie après la solitude du confinement. Jouer avec les mots, en extraire une signification qui nous échappe habituellement, interpréter ce qui nous arrive pour y donner du sens et être moins seuls, telle est la profession de foi d’Ali Smith. ) et être complètement passée à côté de ce roman...

A noter un texte très intéressant de la traductrice pour souligner le travail sur la langue et la grande complicité entre elle et l'autrice.

 Traduit de l’anglais par Lætitia Devaux.ali smith

 Grasset 2025.

15/03/2025

Féminicide...en poche

" C'était ce qui les différenciait des citoyens ordinaires. Chaque revers était un affront personnel. Ils dirigeaient toujours leur haine vers l’extérieur, sans jamais se remettre en question. "

Une plongée éprouvante, sous forme d'enquête policière,  dans le monde des Incels, ces célibataires involontaires, qui déchaînent leur haine des femmes sur les réseaux sociaux. Mais pas que. Un roman efficace et édifiant.daniel engman

Lu à sa sortie, non chroniqué car nous sommes dans un monde suffisamment anxiogène.

14/03/2025

L'orage qui vient...en poche

"D'où lui vient cette idée que l'on a besoin d'eux partout, d'où vient aux hommes cette certitude d'être essentiels ? "

Une communauté de femmes vivant de manière solidaire et quasiment en autarcie dans le Hameau. Survient un homme de la ville, élément perturbateur qui va brouiller les pistes et que l'héroïne, Mila ne sent pas du tout.
Très vite, on comprend que Mila, quinze ans, possède des facultés fantastiques et tout l'art de l'autrice est de révéler comment le Hameau compose, ou non, avec ces particularités.louise mey
Un roman qui bat en brèche les clichés et fait la part belle à la sororité et à la nature.

La Ville Brûle 2022

13/03/2025

Repentirs

"Alors que j'escamotais l'ombre grise incongrue de la voiture à cheval disparue, je me suis surprise à rêver de faire la même chose avec ma vie, d'effacer toutes les pensées éphémères et tous les désirs passagers-toutes les erreurs - qui ne correspondaient pas au moi futur que je m'étais imaginé ; j'en avais assez de réfléchir  et d'attendre; je voulais que ce soit terminé. Mon esprit et mon corps me semblaient embrumés depuis tellement  longtemps que j'avais presque oublié ce qu'était la clarté. "

Cathy et Noah ont décidé d'un commun accord de ne pas avoir d'enfants. Pourtant, après dix ans de mariage, Cathy songe à faire congeler ses ovocytes. Pour avoir le choix. Un attitude que Noah, son aîné de onze ans, ne comprend pas. chloé asby
Parallèlement à cela,  la mère de Cathy semble présenter les premiers signes d'une forme de démence sénile ,tandis que la meilleure amie de  la jeune femme attend son deuxième enfant. 
Perturbée par les choix qu'elle va devoir faire, Cathy se réfugie dans son travail et la restauration d'un tableau du XVIIe siècle," Vue des sables de Scheveningen" de Hendrick van Anthonissen. Au fur et à mesure que va se révéler ce qui a été dissimulé dans cette œuvre, la jeune femme y verra-t-elle plus clair ?
Avec une précision extrême, Chloé Ashby rend compte des tourments de son héroïne, tant physiques que psychologiques, et nous sommes captivés par ce récit.  Un roman lumineux et intense.

 Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff.

 

 Editions La Table Ronde 2025. 

Envoi de l'éditeur sans contrepartie financière.

 Son premier roman, Peinture fraiche, attend dans ma PAL...

11/03/2025

Chiennes de garde...en poche

Dans le dossier d'investigation, on disait que sur le chemin du retour, tu t'étais fait surprendre par au moins trois types, qui avait essayé de te voler ton portable, mais que la situation avait dérapé. Dérapé ? Dérapé? Ça veut dire quoi, une agression qui dérape? J'ai demandé à l'enquêteur avec un nœud dans la gorge. Et je n'ai pas pu m'empêcher de faire la comparaison, Monsieur le Commissaire, si ç’avait été un homme, comment ça se serait passé, une attaque qui dérape? Il le tue, il le poignarde et voilà, fin de l'histoire. 

Waouh, quel uppercut ! Dès la première nouvelle, le ton est donné avec le récit d'une IVG médicamenteuse ( avec les moyens du bord ) par une jeune femme qui se dépeint sans chichis. Rien ne nous est épargné mais c'est fait sans voyeurisme, juste de manière clinique, si j'ose dire. ça passe ou ça casse .dahlia de la cerda,mexique
Nous entrons ensuite dans une série de récits dont les personnages se croisent au fil des nouvelles, où nous pouvons envisager des situations de différents points de vue, mais toujours féminins. Une fille de narco-trafiquant, bien dans sa vie, sa meilleure amie, une femme qui travaille dans une maquiladora, ces usines proches de la frontière nord du Mexique, une sorcière, des sœurs couturières, une voleuse...toutes tentent de (sur) vivre, se vengent, et même la mort n'en viendra pas à bout.
La tension culmine dans le dernier texte , véritable litanie de toutes celles qui sont assassinées dans une indifférence quasi totale car "Le Mexique est un énorme monstre qui dévore les femmes. Le Mexique est un désert fait de poudre d'os. Le Mexique est un cimetière de croix roses. Le Mexique est un pays qui déteste les femmes. " Radical et nécessaire.

  Editions du Sous-Sol, Points Seuil 2025.

 Traduit de l’espagnol (Mexique) par Lise Belperron.

10/03/2025

Les saules

Un battement de paupière et Marie avait pris la tangente alors que la minute d'avant, elle riait à gorge déployée en sautant sur ses genoux. Encore ! Encore ! Encore, papa ! Gilles se demandait souvent ce qu'il avait mal fait et si tous les pères devaient ruminer dans leur coin des questions aussi insolubles.

Marie, dix-sept ans, trop belle, trop libre, trop mal aimée aussi, a été retrouvée, étranglée, au pied des saules. A deux cent mètres de chez elle, à la frontière entre deux mondes, celui des bouseux de la Basse Motte et celui, plus bourgeois, où elle résidait, de la Haute Motte. mathilde beaussault
Seule, une petite fille, harcelée à l’école car trop sale, trop différente des autres a vu l'assassin : Marguerite. Mais Marguerite ne parle guère. Qui prendrait d'ailleurs le temps de l'écouter dans sa famille trop occupée à survivre ? 
Dans un espace rural où les rancœurs et les solidarités se mêlent de manière inextricable, l'enquête est menée par des enquêteurs la plupart du temps effacés du récit, aux interrogatoires tronqués, mais efficaces ,car ne laissant la place qu'aux réponses des personnes convoquées par la gendarmerie.
La peinture de ce microcosme est plutôt réussie, la résolution du problème façon western surprenante mais logique, mais c'est surtout la description de l'intériorité de Marguerite  et de  sa vision du monde que j'ai appréciée.  Un premier roman prometteur.

 Editions du Seuil 2025.

 L'avis d'Aifelle : clic.